Cette pratique au lit inspirée du porno serait la 2e cause d’AVC chez les femmes de moins de 40 ans

Cette pratique au lit inspirée du porno serait la 2e cause d’AVC chez les femmes de moins de 40 ans

La strangulation sexuelle, popularisée par la pornographie en ligne, est désormais identifiée comme la 2e cause d'AVC chez les femmes de moins de 40 ans au Royaume-Uni. Une compression du cou, même brève et même avec une force modérée, peut provoquer des lésions cérébrales graves, parfois plusieurs semaines après les faits.

En quelques années, une pratique longtemps marginale s'est installée dans les habitudes sexuelles d'une partie de la population jeune. Le "choking", ou strangulation sexuelle, consiste à comprimer le cou avec les mains, un avant-bras ou un accessoire pendant un rapport. Banalisé par la pornographie en ligne et les réseaux sociaux, ce geste est aujourd'hui au cœur d'une alerte médicale sérieuse.

Les neurologues britanniques ont observé une hausse préoccupante des AVC chez des femmes jeunes. Les travaux relayés par la Prifysgol Bangor University désignent la strangulation sexuelle comme la deuxième cause d'accident vasculaire cérébral chez les femmes de moins de 40 ans au Royaume-Uni. Un constat qui tranche avec l'image inoffensive que certains lui attribuent.

La strangulation sexuelle, une pratique normalisée par le porno

La banalisation du "choking" suit une trajectoire directement liée à l'essor de la pornographie accessible en ligne. Des millions de vidéos mettent en scène cette pratique sans aucun avertissement sanitaire, et les algorithmes des réseaux sociaux en amplifient la diffusion auprès d'un public de plus en plus jeune.

Résultat : une enquête publiée dans le Journal of Sexual Medicine, menée auprès d'étudiants américains, révèle que près de la moitié des femmes interrogées déclaraient avoir été étranglées au moins une fois pendant un rapport sexuel. Debby Herbenick, chercheuse à l'université d'Indiana, a contribué à documenter cette prévalence croissante. La pratique n'est plus anecdotique.

Quand l'école tente de "sécuriser" l'insécurisable

La réponse institutionnelle au Royaume-Uni illustre l'ampleur du phénomène. Le média Science et Vie a cité un support scolaire britannique qui conseillait aux élèves de "ne jamais commencer à étrangler sans en parler avant". Une formulation qui a suscité une vive réaction.

Fiona Mackenzie, fondatrice du collectif "We Can't Consent to This", dénonce cette approche : normaliser le geste en le conditionnant à un accord préalable, c'est traiter comme acceptable un acte potentiellement mortel. Pour elle, le message envoyé aux jeunes est profondément trompeur.

Ce que la compression du cou fait au cerveau

Le mécanisme physiologique est documenté. Une force modérée appliquée sur le cou suffit à diminuer brutalement le flux sanguin vers le cerveau. En quelques secondes, une perte de connaissance peut survenir. Mais le danger ne s'arrête pas là.

La strangulation peut provoquer des déchirures des parois des artères cervicales. Ces micro-lésions favorisent la formation de caillots qui, parfois, ne migrent vers le cerveau que plusieurs semaines après le rapport. C'est précisément ce délai qui rend la pratique particulièrement traître : une femme peut se sentir parfaitement bien dans les jours suivants, puis être victime d'un AVC des semaines plus tard, sans faire le lien avec l'épisode d'étranglement.

Des séquelles bien au-delà de l'AVC

Le rapport de la Prifysgol Bangor University sur les conséquences neuropsychologiques documente des marqueurs sanguins de lésions cérébrales chez des femmes étranglées à plusieurs reprises. Les séquelles observées vont au-delà de l'accident vasculaire lui-même.

Parmi les troubles répertoriés : pertes de mémoire, difficultés à parler, paralysie partielle, troubles dissociatifs, troubles de l'humeur et de la concentration. Lucy, dont le témoignage a été recueilli par The Guardian, illustre concrètement ce tableau clinique. Ces atteintes peuvent s'installer durablement, bien après que le geste lui-même soit oublié.

La psychologue Jane Meyrick est catégorique sur ce point : aucune privation volontaire d'oxygène ou de sang au cerveau ne peut être considérée comme sûre. Pas même une compression légère. Pas même brève.

⚠️

Consulter en urgence
Après un étranglement sexuel, certains signes imposent une consultation médicale immédiate : perte de connaissance même très brève, difficulté à respirer ou à avaler, voix soudainement rauque, maux de tête violents, douleur au cou, vertiges persistants, faiblesse d’un côté du corps, trouble de la parole ou confusion.

Les signaux d'alerte à ne pas ignorer

Les guidelines internationales sur la non-fatal strangulation ont établi une liste de signaux nécessitant une prise en charge d'urgence. Le problème central est que beaucoup de ces symptômes peuvent apparaître avec un délai, ce qui incite les victimes à ne pas consulter.

Concrètement, tout épisode d'étranglement ayant entraîné l'un de ces signes justifie un passage aux urgences sans attendre :

  • Perte de connaissance, même très brève
  • Difficulté à respirer ou à avaler
  • Voix soudainement rauque
  • Maux de tête violents ou douleur au cou
  • Vertiges persistants ou faiblesse d'un côté du corps
  • Trouble de la parole, confusion ou trous de mémoire
2e cause
d’AVC chez les femmes britanniques de moins de 40 ans, selon les travaux de la Prifysgol Bangor University

Le délai potentiel entre l'étranglement et l'AVC complique la prise en charge. Une femme qui développe des troubles de la parole ou une paralysie partielle trois semaines après un rapport sexuel n'établit pas spontanément le lien. Les médecins non plus, si l'information ne leur est pas communiquée. C'est pourquoi les recommandations insistent sur la nécessité de mentionner tout antécédent d'étranglement lors d'une consultation neurologique, même si l'épisode semble lointain ou anodin.

La strangulation sexuelle n'est pas une pratique à risque parmi d'autres. Les données neurologiques en font une menace vasculaire réelle, sous-estimée parce que ses effets peuvent se manifester bien après le moment où elle a eu lieu. Et parce que sa normalisation, portée par la pornographie et parfois relayée sans précaution par des institutions éducatives, a contribué à effacer la perception du danger qu'elle représente.

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